Les clés pour changer – 4 – Tom Condon

Les clés pour changer – 4 – Tom Condon

Les raisons qui poussent les Quatre à changer sont variées : les problèmes d’identité, le sentiment d’aliénation et d’inadéquation, le blocage de leur créativité, le dépassement des souffrances psychiques surtout celles causées par une estime de soi défaillante allant parfois jusqu’à la haine de soi, des affections médicales chroniques aussi mystérieuses que bizarres.

La plupart des Quatre ont des dispositions pour apprendre surtout concernant la vie intérieure et certains voient dans la thérapie un moyen de mieux se connaître. Ils s’intéressent au fonctionnement de la Psyché, et cette curiosité se révèle souvent stimulante, c’est une alliée précieuse pour aborder tout changement.

Alors qu’ils ont conscience des émotions qui les tiraillent entre images, rôles et histoire, les Quatre peuvent ne pas être en contact avec ce qu’ils ressentent véritablement. Ils entreprennent alors une thérapie en quête de leur identité et d’une vie authentique. Un Quatre déclarait : « Le mot authenticité peut exprimer tellement de choses. J’ai simplement l’impression de ne pas être réel. Je joue tellement de rôles et me demande : Qui suis-je ? Qui est mon vrai moi ? »

L’ennui peut pousser certains Quatre à changer, ils prétendent que cohabiter avec leurs émotions, leurs souvenirs et leurs fantasmes affectifs est devenu fastidieux. La pierre angulaire de leur tristesse intérieure est toujours la même et ils s’en lassent à force de la revisiter. Faisant écho à une vieille plaisanterie un Quatre affirme malicieusement « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. » C’est ainsi que, par contraste, la réalité leur apparaît de plus en plus intéressante car elle au moins change constamment.

Les problèmes qu’ils présentent à leur thérapeute ou conseiller incluent : la dépression, les tourments, un sentiment d’aliénation, une insatisfaction relationnelle, l’envie de mieux se connaître, la recherche d’une solution à leur tristesse chronique, leur défaillance interne, leurs affections médicales mystérieuses et l’anorexie.

Généralement les objectifs de changement à poursuivre incluent : apprendre à transformer les éléments bruts de leur subjectivité en éléments tangibles, trouver des formes d’expression satisfaisantes, accepter la réalité et apprendre à aimer ce qui est avec ses défauts, contribuer à la marche du monde et avoir un impact sur lui afin d’éviter l’aliénation, exprimer la colère de façon constructive au lieu de la retourner contre eux. Les Quatre doivent assumer la responsabilité des conditions qu’ils fixent eux-mêmes à leur propre recevabilité. Ils sont aussi tenus de considérer avec honnêteté leur aptitude à se rejeter eux-mêmes qui a pour conséquence avantageuse de perpétuer leur souffrance. Concernant l’activité physique, les Quatre ont la même attitude que les chats avec l’eau, pourtant l’exercice régulier leur est particulièrement recommandé, il en va de même pour le sens de l’humour qu’il est bon qu’ils développent.

On m’a autrefois raconté l’histoire d’un prince lunatique qui devint dépressif et fit venir tous les sages du royaume pour l’aider. Il commanda un objet magique qui serait capable d’équilibrer son humeur de sorte que lorsqu’il se sentirait déprimé, il lui suffirait de le regarder pour redevenir heureux, quand il serait heureux il lui suffirait de le regarder pour se souvenir de la tristesse de sa vie. Les sages demandèrent à un artisan de créer une bague portant cette simple inscription « Cela aussi passera. » Apprendre à réguler leurs émotions et à replacer les choses dans leur contexte s’avère crucial pour les Quatre. Ils font partie de ceux qui doivent apprendre à porter leur subjectivité avec légèreté, en la respectant et en la consultant tout en évitant de se vautrer dedans. Quand ils sont évolués ils deviennent des spécialistes de la satisfaction – le contraire de l’envie.

Les thérapeutes et les coaches qui ne connaissent pas l’Ennéagramme décrivent, sans le savoir, leurs clients Quatre lorsqu’ils évoquent leurs cas les plus difficiles et les plus inquiétants. Les Quatre les moins évolués sont imprudents, impulsifs et mélodramatiquement tourmentés. Dans le pire des cas, ils demandent beaucoup sur le plan émotionnel, mettent à mal les limites professionnelles et exerce un chantage sur leur thérapeute en proférant la menace implicite de se faire du mal ou de se suicider.

Les Quatre font parfois porter une trop grande responsabilité à leur thérapeute, ils le font entrer dans leur sphère affective en tant que sauveur puis, avec le temps, les désillusions aidant, ils le défient. Les deux polarités révèlent une absence de motivation et de responsabilité – le client place le thérapeute dans la peau d’un parent – ce dernier devra évaluer si son client vient chez lui pour changer ou pour faire du cinéma. Parfois les Quatre sont convaincus que leur cas est fascinant pour le thérapeute, ou encore que la nature de ses tourments le propulse dans la catégorie des défis exceptionnels. Il leur arrive aussi de considérer les autres clients comme des rivaux imaginaires.

Les Quatre sont des sujets faciles à hypnotiser et des explorateurs volontaires de leur vie intérieure. Alors qu’ils sont capables de faire des expériences positives et riches, ils peuvent spontanément tomber dans des univers émotionnels douloureux. En cas d’utilisation de l’hypnose, de la visualisation ou de toute forme d’exploration du monde intérieur, il est souvent recommandé de pratiquer « l’anti-hypnose » pour faire sortir le client de la transe qui risque de le maintenir dans sa subjectivité. Le thérapeute peut aussi évoquer nombre d’expériences positives qu’il rappellera à son client si celui-ci s’englue dans ses sombres souvenirs.

Les Quatre sont souvent doués pour trouver des justifications à leurs réactions, à leurs émotions et à leurs humeurs dans leur histoire. Il est cependant plus judicieux de les ramener aux causes présentes de leurs réactions – « Je suis déprimé parce que ma petite amie m’a critiqué ce matin au petit déjeuner » – plutôt que des causes générales appartenant au passé – « Déjà dans le ventre de ma mère, je savais que quelque chose n’allait pas chez moi. »

Il est recommandé de ne pas encourager les questions « Pourquoi ? » : « Pourquoi suis-je comme je suis ? » et de les réorienter vers des questions « Comment ? » : « Comment est-ce que je crée mes difficultés présentes et la réalité subjective à partir de mes souvenirs ? » ou « Comment le fait d’avoir des problèmes me sert ? » Toutes les perceptions et prises de conscience doivent de façon ultime ramener le Quatre vers le monde plutôt que l’en éloigner. Travailler avec un Quatre consiste à traiter un état dépressif, et les approches employées peuvent être adaptées ou modifiables. L’hypnothérapeute Milton Erickson donnait à ses clients dépressifs des tâches comportementales qui invariablement les contraignaient à participer à la vie et à entrer en relation avec les autres. Ainsi il demanda à une femme déprimée et solitaire qui aimait jardiner de faire pousser des plantes en pots et de les distribuer à chacun des membres de sa paroisse. Les paroissiens surpris et reconnaissants l’invitèrent à leur tour à déjeuner et l’inclurent dans les manifestions paroissiales. Elle se fit ainsi de nombreux amis et fut tirée de son isolement et intégrée dans la communauté. Ce type de méthode peut marcher avec un Quatre dépressif.

La dépression est parfois décrite comme une colère tournée vers l’intérieur et c’est particulièrement vrai chez les Quatre. Il peut s’avérer utile de faire toucher sa colère à un Quatre, il s’agit de la colère d’un enfant rejeté et punitif. On peut être tenté de remonter le moral d’un Quatre dépressif. Mais s’il souhaite maintenir sa position de victime dépressive, il pourrait y voir un jeu de pouvoir et empirer son état pour prouver que le thérapeute a tort.

Un client Quatre peut aller mieux et ne pas le dire parce que cela contredit son scénario tragique et son image de victime. Quelques Quatre ont ce que la PNL appelle des « stratégies peu convaincantes » -peu d’aptitudes à admettre consciemment que quelque chose de bien leur arrive. Il vaut mieux ne pas s’attendre à des compliments en remerciement d’un travail bien fait, même si le changement est évident chez le client.

La honte et les tortures que s’infligent les Quatre sont une forme de vanité. Mais un client Quatre ne le verra pas ainsi car il entretient une transe dans laquelle son identité est celle de la victime. Si on les force à changer d’avis trop tôt ils peuvent entrer en résistance et considérer qu’ils ne sont pas compris ou se victimiser davantage pour prouver que le thérapeute a tort.

A un moment, le thérapeute devra dire à son client, prince ou princesse, qu’il s’écoute. L’important étant de le faire de façon à ne pas renforcer son autocritique. Si le thérapeute est frustré par son client, il doit se garder de le juger car cela équivaudrait à alimenter le rejet que les Quatre ont d’eux-mêmes. Enfin, il est recommandé de ne pas terminer la thérapie trop tôt ou, au contraire, de ne pas la laisser s’éterniser.

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